un textile magique et révolutionnaire

Comestible, cosmétique, carburant, l’algue est la plante aux mille possibles. En Bretagne, Violaine Buet en fait du tissu. La fibre du futur !

Dans son atelier breton, elle tisse à la manière d’une Pénélope du XXIe siècle. Violaine Buet, 44 ans, assemble, refait, défait, explore depuis sept ans sur son métier à tisser les possibilités textiles des algues. Ce que nulle autre artisane, comme elle se définit, n’avait auparavant investigué. Le résultat est inédit, sous ses doigts l’algue est une matière souple et rebondie, texturée et translucide « qui vibre et qui, assure-t-elle, capte, particulièrement bien la lumière ».
Le printemps est la saison des algues, Violaine Buet les récolte dans les rochers du Finistère sud. Elle travaille avec une dizaine des 700 espèces répertoriées sur le territoire, des brunes, de grande taille, les macro-algues. Leur collecte est réglementée, comme pour les plantes sauvages, mais à son échelle expérimentale la plage suffit et, en cas de besoin, les algoculteurs sont de plus en plus nombreux dans la région. À l’atelier, elle découpe, sèche et traite les végétaux selon divers procédés gardés secrets avant d’être teintés, gaufrés, pressés, collés. Les algues prêtes à tricoter, tisser ou coudre mesurent alors de 10 centimètres à 2 mètres de long, et de 2 millimètres à quelques centimètres d’épaisseur.

La designer dans son atelier à Auray. Elle transforme au métier à tisser le végétal qu’elle a récolté sur les plages bretonnes. DR

Antibactérienne, antioxydante, antifongique

Comment cette idée féerique – tisser des algues – est-elle venue à cette diplômée de l’ENSCI-Les Ateliers en textile ? « C’est une intuition plus qu’un business plan », s’amuse la designer qui a grandi dans les îles et les estrans de Glénan. La nature et surtout le besoin de sens l’ont guidée. De retour d’Inde, où elle travaille sept ans dans un atelier textile, Violaine Buet suit, en 2014, un post-diplôme sur son projet marin à l’école des Arts décoratifs, et s’en retourne en Bretagne. « La matière vibre, on y sent la nature, elle induit de nouvelles façons de penser le vêtement qui sont encore à inventer. » C’est tout le propos de ce top, tricoté en maille d’algues par la créatrice et présenté au musée du Design Cooper Hewitt de New York en 2019. « J’ai choisi une icône, minimale, universelle, le débardeur, pour affirmer la puissance de la matière.

Lire aussi.Toile d’araignée, champignon, algue… Le futur de la mode durable

L’algue est antibactérienne, antioxydante, antifongique. Propre au naturel, elle ne se lave pas. Mais c’est aussi un imaginaire ouvert sur la mer. Aujourd’hui on ne voyage pas dans les champs quand on porte du coton », souligne Violaine Buet. Ses découvertes attirent les maisons de luxe mais la désagrégation inévitable de la matière se heurte à l’idée d’un objet pérenne qui se transmet de génération en génération. En attendant le changement des mentalités, la créatrice tisse sur une trame de lin ou de chanvre qui solidifie le rendu, permet d’imaginer des décors et de la décoration, tapis, tentures, cloisons. Développer, inventer, stabiliser, recommencer est le quotidien de cette exploratrice d’un nouveau champ de la création, le design ultramarin. 

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