Vladimir Poutine reconnaît l’ensemble du Donbass, y compris les territoires encore tenus par l’Ukraine

FOCUS – Cette déclaration surprise du président russe ce mardi soir est une nouvelle étape dans l’escalade politico-militaire entre Moscou et Kiev et pourrait amener au déclenchement des hostilités.

Tout est souvent question de détails. Lors d’une conférence de presse surprise, retransmise à la télévision, le président russe Vladimir Poutine a déclaré ce mardi soir qu’il reconnaissait la souveraineté des séparatistes sur l’ensemble des «oblast» (provinces, NDLR) de Lougansk et Donetsk, lesquels forment ensemble la région du Donbass.

Or, mardi matin, le ministère russe des Affaires étrangères entonnait un discours légèrement différent, précisant que «les républiques populaires [de Donetsk et Lougansk, NDLR] sont reconnues avec les frontières de l’exercice de leur pouvoir». Cette différence sémantique est en réalité énorme car, depuis le conflit de 2014, gelé par les accords de Minsk de 2015, les séparatistes pro-russes ne contrôlent pas l’intégralité des deux oblasts de Lougansk et Donetsk, mais une partie d’entre eux, correspondant en superficie à moins de la moitié de l’ensemble.

La zone tampon prévue par les accords de Minsk. LE FIGARO.

La déclaration de Vladimir Poutine signifie donc ceci : Moscou ne reconnaît pas la ligne de front actuelle, mais décide que la «souveraineté» des séparatistes s’étend jusqu’aux frontières administratives de Donetsk et Lougansk. Pour donner un ordre de grandeur, l’oblast de Donetsk dans son ensemble a une superficie de 26.517 km2 alors que la République populaire de Donetsk ne couvre que 7853 km2. Pour Lougansk, l’oblast mesure 26.684 km2 contre 8377 pour la république populaire du même nom. À ce jour donc, les séparatistes contrôlent 16.230 km2, soit 2,7% de la superficie de l’Ukraine. S’ils contrôlaient l’ensemble des deux oblasts, cela représenterait 53.201 km2, soit 8,8% du pays.

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Le port stratégique de Marioupol

En particulier, l’oblast de Donetsk comporte une ville stratégiquement importante que les séparatistes ne contrôlent pas : le port de Marioupol. En février 2015, les rebelles prorusses s’étaient in extremis arrêtés devant les portes de la ville de plus de 400.000 habitants, sans la prendre. Avec Berdiansk, à 60 km plus à l’ouest, Marioupol est le principal port ukrainien donnant sur la mer fermée d’Azov, devenue aujourd’hui un quasi-lac russe. Et une importante flotte de navires de débarquement russes est actuellement déployée dans la zone, appuyée par une flottille de «petits navires lance-missiles».

Alors que les premiers blindés russes sont entrés dans les territoires séparatistes désormais reconnus par Moscou, cette déclaration du Kremlin résonne comme un nouvel avertissement et donne une idée de la prochaine étape que pourrait franchir la Russie : avancer pour contrôler l’ensemble du Donbass. Quelle serait la réaction de l’Armée ukrainienne, actuellement sur la ligne de front figée depuis 2015 ? «Je n’ai pas dit que nos soldats vont y aller là, maintenant (…) Cela dépendra, comme on dit, de la situation sur le terrain», a déclaré Vladimir Poutine ce mardi soir, répétant par ailleurs une exigence ancienne du Kremlin : «La meilleure solution serait que les autorités actuellement au pouvoir à Kiev refusent d’elles-mêmes de rejoindre l’Otan et s’en tiennent à une neutralité». Une chose est presque sûre : si Vladimir Poutine décidait de déployer ses troupes dans l’ensemble du Donbass et non seulement dans les zones séparatistes, ce serait le début d’une guerre, une vraie. Et, contrairement à 2014, l’armée russe serait engagée officiellement.

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