«Vu d’Ailleurs» N°70 – Cap sur la présidence française

LETTRE EXCLUSIVE ABONNÉS – La revue de presse européenne, par Édouard de Mareschal.

Chers abonnés,

Le top départ a été donné : jeudi, Emmanuel Macron a présenté la feuille de route de la présidence française de l’Union européenne qui débutera le 1er janvier prochain. Le chef de l’État s’exprimait en conférence de presse depuis l’Élysée devant un parterre impressionnant de journalistes tant l’exercice est rare – seulement le deuxième format de ce type depuis le début du quinquennat. Mais il ne faut pas se leurrer : beaucoup d’entre eux étaient venus le questionner sur la campagne présidentielle française, plus que par attrait pour les questions européennes.

Trop loin, trop complexe ou trop vague, les objectifs égrainés jeudi par le chef de l’État provoqueront peut-être quelques haussements d’épaules. En faire un tremplin national pour appuyer sa campagne de réélection relève aussi d’un pari risqué, juge Vincent Trémolet de Villers dans un éditorial que je vous conseille de lire. Plusieurs annonces du président méritent tout de même que l’on s’y attarde :

  • Définition d’une «boussole stratégique européenne» : Le terme peut paraître vague mais il désigne les grandes orientations européennes en termes de défense et de sécurité. Le retrait brutal des Américains d’Afghanistan, les menaces chinoises dans l’indo-pacifique, ou russes en Ukraine, l’ont montré : l’Europe ne peut plus se reposer sur le parapluie sécuritaire américain. Emmanuel Macron promet des avancées concrètes sur le sujet lors du Conseil européen de mars. Reste à surmonter les réticences allemandes.
  • Réforme de l’espace Schengen : La crise sanitaire et les vagues migratoires successives ont sérieusement abîmé l’idée d’un espace de libre circulation au sein de l’Union européenne. Emmanuel Macron annonce une réforme très ambitieuse, qui passe par la mise en place d’un «pilotage politique de Schengen» sur le modèle de la gouvernance de la zone euro, et par la création d’un «mécanisme de soutien d’urgence aux frontières en cas de crise», via la mobilisation d’engents de Frontex.
  • Réforme du pacte migratoire européen : Totalement dépassé par la crise de 2015 et les vagues suivantes, le cadre légal européen en matière de migration doit être profondément réformé. Emmanuel Macron veut relancer le pacte migratoire européen, un paquet de textes qui prévoit entre autres une harmonisation des règles des États membres en matière d’asile et de gestion des flux migratoires secondaires. Trop ambitieux de l’aveu même de certains proches du chef de l’État, ce pacte migratoire ne sera très probablement pas adopté en l’état, surtout dans des délais aussi courts. Le groupe de Visegrad s’y est toujours opposé et son principal moteur, la Hongrie, sera elle aussi en campagne électorale au printemps prochain.
  • Régulation du numérique : Deux textes fondateurs sont actuellement négociés au niveau européen : le DMA pour Digital Market Act et le DSA, pour Digital Services Act. Le premier vise à mieux réguler le secteur du numérique et à lutter contre les monopoles, essentiellement détenus par des multinationales américaines. Le second vise à établir un régime de responsabilité des grandes plateformes numériques sur les produits qu’elles vendent et les contenus qu’elles diffusent. Emmanuel Macron a a annoncé que ces deux textes feraient partie des priorités de la présidence française. Paris espère un accord pour la fin mars, selon Contexte qui juge la deadline crédible pour le DMA mais difficile à atteindre pour le DSA, moins avancé car juridiquement complexe et politiquement sensible.

Scholz et Macron, main dans la main

Emmanuel Macron recevait vendredi le successeur d’Angela Merkel, Olaf Scholz. SARAH MEYSSONNIER / REUTERS

Le nouveau chancelier allemand n’y a pas dérogé : comme le veut la tradition, Olaf Scholz a fait son premier déplacement étranger en France après avoir été officiellement investi mercredi. Le fameux «couple franco-allemand» redémarre sous les meilleurs auspices.

Il a bien évidemment été question de la présidence française de l’Union européenne, mais aussi de la feuille de route de la coalition allemande. En évoquant «l’évolution de l’Union européenne vers un État fédéral européen», celle-ci va encore plus loin que la vision d’Emmanuel Macron.

Les relations franco-allemandes s’annoncent tout de même compliquées sur plusieurs points : le nucléaire, d’abord. Quand Emmanuel Macron veut l’intégrer dans une liste européenne des énergies «vertes», la nouvelle cheffe de la diplomatie allemande, la Verte Annalena Baerbock, n’a pas caché que l’Allemagne maintiendrait sa stratégie de sortie totale de l’énergie atomique.

Autre sujet sensible : le financement de la relance européenne. Quand Emmanuel Macron pousse à «repenser» (comprendre «assouplir») les règles budgétaires européennes régies par Maastricht, le ministre allemand des Finances, le libéral Christian Lindner, défend au contraire le respect d’une stricte orthodoxie budgétaire.

Sur le dossier ukrainien en revanche, les positions de Paris et Berlin pourraient enfin se rapprocher : en cas d’agression armée, Olaf Scholz a menacé la Russie de possibles «conséquences» sur le gazoduc Nord Stream II. Un projet jusqu’ici soutenu envers et contre tous par Angela Merkel.

Régulation des plateformes

Coup dur pour Uber, Deliveroo et tant d’autres plateformes en ligne qui s’appuient parfois de façon abusive sur le statut de travailleur indépendant. La Commission européenne a présenté jeudi un projet de directive pour renforcer les droits des travailleurs de ces plateformes numériques.

Bruxelles fixe cinq conditions permettant d’établir un lien de subordination établissant l’existence d’un contrat de travail : la rémunération est fixée unilatéralement par l’employeur, celui-ci supervise et contrôle l’exécution du travail, restreint la liberté d’organisation du travailleur, lui impose un uniforme et lui interdit ou limite la possibilité de travailler pour d’autres plateformes.

Il suffira que deux d’entre elles soient remplies pour que le travailleur soit reconnu comme salarié et bénéficie des droits liés à ce statut : horaires maximums, salaire minimum, protection sociale, congés payés, droits à la retraite…

Fruits longue conservation

Étalé sur un légume, ce nouveau produit aurait les mêmes propriétés qu’un film alimentaire tout en évitant son dessèchement. Daniel Vincek / stock.adobe.com

Changeons complètement de sujet pour s’intéresser à une innovation qui promet de changer notre rapport aux aliments frais. La Repubblica s’est rendue aux Pays-Bas, à 3/4 d’heure du port d’Amsterdam chez Apeel, une société californienne qui développe un produit naturel à étaler sur les aliments pour ralentir leur détérioration et limiter le gaspillage.

La composition de la substance étalée sur les fruits et légumes qui défilent sur un tapis roulant reste secrète. Tout ce que l’entreprise consent à dire, c’est qu’elle est produite à partir de lipides et de glycérolipides tirés d’épluchures, de graines et de pulpe d’autres fruits. Étalé sur un légume, il aurait les mêmes propriétés qu’un film alimentaire tout en évitant son dessèchement.

Le journaliste suit toute la chaîne de production en prenant pour exemple des avocats importés du Pérou. Ce qui aurait pu lui faire noter une légère contradiction dans le discours tenu par l’entreprise sur l’importance du respect de l’environnement. Lutter contre le gaspillage est louable, mais cela n’a pas empêché à ces avocats de parcourir plus de 10.000 kilomètres pour être vendus en Europe en plein hiver.

La phrase de la semaine

Annie Leibovitz en octobre 2019 à New York. Johannes EISELE / AFP

Les photos changent en fonction de l’époque à laquelle on les regarde et des connaissances dont on dispose pour les lire. J’ai photographié John Lennon quelques heures avant son assassinat. C’était une étreinte amoureuse, mais qui est devenue le dernier baiser.

Annie Leibovitz

Immense photographe, Annie Leibovitz n’aime pas parler d’elle. Elle préfère raconter ses aventures avec les Rolling Stones et le couple Obama, ou sa vie de famille, raconte El Pais qui l’a longuement interviewée.

À lire aussi

Édition 2021 de l’Art Basel à Miami. EVA MARIE UZCATEGUI / AFP

Le directeur mondial d’Art Basel, le plus grand salon du marché de l’art au monde, a reçu nos confrères d’El País à Miami. Ils se sont entretenus sur les leçons de la pandémie, l’avenir numérique et la rapide relance économique des galeries.

Clue, une application de suivi du cycle menstruel développée à Berlin, a obtenu le «go» de l’autorité américaine du médicament pour la mise sur le marché de son service qui permet désormais de remplacer la pilule contraceptive de plus en plus délaissée par les jeunes en raison des effets secondaires. Une petite révolution, 100% numérique, qui arrivera dans un second temps en Europe, expliquent nos confrères du Soir.

Kevin Strickland a été victime de l’une des plus grandes erreurs judiciaires de l’histoire des États-Unis. Poursuivi pour un triple meurtre en 1979, il a été condamné à la prison à vie à la suite d’un procès plein de failles, raconte El Pais. Il a été disculpé cette semaine, soit 43 ans plus tard; nos confrères espagnols sont allés à sa rencontre.

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