Zelensky réclame aux Israéliens le «Dôme de fer»

Le président ukrainien s’est exprimé dimanche devant les parlementaires de la Knesset. Il a notamment demandé à bénéficier du système antimissiles israélien, l’un des plus performants au monde.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky était invité dimanche 20 mars à s’exprimer devant le parlement israélien, à qui il a reproché la posture de neutralité adoptée par l’État hébreu depuis le début de l’invasion russe en Ukraine. Il a ainsi exhorté Israël à «faire un choix», regrettant notamment qu’Israël ne se soit toujours pas joint aux sanctions internationales contre la Russie. Zelensky a également réitéré sa demande de fourniture en armements pour repousser l’armée russe, mais a cette fois explicitement précisé sa requête auprès des parlementaires : selon le Jerusalem Post , il souhaiterait que l’armée ukrainienne soit dotée de l’Iron Dome, le «Dôme de fer» qui constitue à ce jour l’un des systèmes de défense antimissiles les plus sophistiqués, et qui a épargné depuis 2011 aux Israéliens bien des morts grâce à l’interception de nombreux tirs d’artillerie par le Hamas depuis Gaza.

Israël avec l’aide des États-Unis, le Dôme de fer est un système mobile destiné à contrer des projectiles, tels que des roquettes ou des obus d’artillerie. Selon son constructeur, il permet d’abattre en vol des engins d’une portée allant jusqu’à 70 km, de jour comme de nuit, quelles que soient les conditions météorologiques, par temps de pluie, de nuages bas ou de brouillard. En Israël la première batterie a été installée en mars 2011 dans la région de Beersheva, la capitale du désert du Néguev, située à 40 km de la bande de Gaza. D’autres batteries ont ensuite été déployées, notamment près des villes d’Ashkelon, d’Ashdod, au sud de Tel-Aviv, près de la ville de Nétivot, à 20 km de Gaza, mais aussi aux frontières libanaise et syrienne.

Chaque batterie comprend un radar de détection et de pistage, un logiciel de contrôle de tir et trois lanceurs équipés chacun de 20 missiles d’interception. Et s’il a d’abord suscité le scepticisme quant à son efficacité, le bouclier antimissiles a depuis intercepté des milliers de roquettes palestiniennes en provenance de l’enclave de Gaza. L’emploi d’un tel système par les Ukrainiens serait assurément bien plus efficace que l’usage de ses vieilles batteries soviétiques, manifestement inappropriées pour contrer les frappes russes remarquées déjà pour leur modernité et leur diversité (jusqu’à l’usage, confirmé par Moscou, de missiles ultrasoniques, une technologie que la Russie est seule à maîtriser) – et surtout, en partie détruites déjà par les Russes. Certes l’Ukraine a probablement reçu depuis des missiles sol-air Stinger, mais force est de constater qu’elle ne parvient pas à ce jour à empêcher les frappes russes sur son sol.

Israël est-il donc prêt à équiper les Ukrainiens de ce bijou technologique devenu l’un des emblèmes de la supériorité militaire d’Israël sur ses agresseurs ? Pour l’heure, rien n’est moins sûr.

Israël sur une ligne de crête

D’une part parce que l’adresse de Zelensky aux députés israéliens n’a pas plu à tout le monde : ses vives critiques à l’égard du premier ministre Naftali Bennett, mais aussi l’emploi pour qualifier la situation en Ukraine d’un lexique directement emprunté à l’histoire de la Shoah, ont suscité la réprobation en haut lieu.

D’autre part et surtout, l’attitude d’Israël depuis le début du conflit en Ukraine semble être plus subtile encore que celle des autres pays occidentaux, le gouvernement de l’État hébreu tentant de demeurer sur une ligne de crête avec les Russes. Après avoir d’abord hésité à critiquer ouvertement l’invasion russe, Israël s’est finalement résolu à voter à l’ONU la condamnation de l’agression – sous la pression de son allié américain. Mais les Israéliens souhaitent rester neutres et éviter le plus possible toute entreprise qui risquerait d’attirer les foudres du Kremlin. D’une part parce que les Israéliens entendent continuer de lutter contre le régime de Bachar al-Assad en Syrie, qu’il accuse de complaisance à l’égard de son ennemi iranien, et qu’il attaque régulièrement par des frappes aériennes – en coordination étroite avec l’armée russe, présente en Syrie depuis 2015, afin d’éviter tout télescopage entre les actions menées par chacun des deux États sur place. D’autre part, Israël ne veut pas faire courir le moindre risque à l’importante communauté juive présente en Russie. Et se rêve plutôt dans un rôle de médiateur.

Si donc Israël fournit une aide humanitaire à l’Ukraine, il ne saurait être question à ce stade d’envoyer à Zelensky un soutien militaire, pas même la fourniture d’armes. Israël a même traîné à accepter sur son sol des réfugiés ukrainiens. Des médias israéliens affirment du reste que l’Ukraine a déjà demandé à être doté du Dôme de fer depuis au moins un an, en passant par les Américains – qui n’auraient pas réussi à convaincre à ce jour le gouvernement de l’État hébreu. Officiellement, parce que le système antimissiles est le fruit d’une collaboration entre les industries de défense des États-Unis et d’Israël et qu’il ne saurait être vendu à un pays tiers – mais l’argument est spécieux : en réalité, le Dôme de fer a déjà été vendu à plusieurs pays dont les vues stratégiques rejoignent celles des Israéliens, notamment l’Azerbaïdjan qui s’en sert déjà pour se protéger des Russes, et peut-être même bientôt les Émirats arabes unis, menacés par le feu iranien.

Pour tâcher de convaincre Israël de doter les Ukrainiens de cette arme décisive, les Américains pourraient tenter d’apporter des garanties. Notamment pour assurer qu’il n’y aurait pas de conséquences pour la sécurité des Israéliens sur le front russe. Mais pourquoi L’État hébreu irait doter l’Ukraine du fleuron de sa technologie de défense, alors même que les Européens ne se sont pas sevrés du gaz russe ? Du reste, argue-t-on à Jérusalem, l’installation des batteries de missile et surtout la formation nécessaire pour les employer prennent du temps : à court terme, cela n’aurait donc aucun effet sur le conflit.

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